Autour de N.Poussin

16 février 2009

ET IN ERCADIA EGO

     Objet : établir un pont entre la théorie de Lévi Strauss et celle de rené Girard

 

Un texte de claude Levi Strauss « Regarder, écouter, lire » paru en 1991, au sujet du tableau de N.Poussin  « Les bergers d’arcadie ».

Nicolas Poussin s’est inspiré de l’œuvre du peintre italien Le Guerchin : « Et in arcadia ego »

           le_Guerchin_1   

  pour réaliser deux tableaux. Le premier en 1626 sous le même titre que le modèle italien

                                                                                 

poussin

, le second en 1640 « Les bergers d’arcadie ». :

poussin_II 

On observe que dans les trois tableaux la formule latine est présente , « et in arcadia ego » « même en Arcadie, j’ [la mort] existe. »

Levi Strauss montre que bien que l’idée de la mort soi atténuée dans le dernier tableau,  il n’y a pas opposition mais un processus de transformation, une mise en œuvre possible, évolution structurale, chaque tableau contenant en germe le suivant.

La femme du 3e tableau occupe la place du crane du premier. Elle est annoncée par la figure discrète de la compagne des bergers du 2e tableau.

Le vieillard  représente le fleuve Alphée qui après avoir traversé la mer ressortait en sicile où elle était sensée rejoindre une nymphe métamorphosée en fontaine.

Cette femme semble venue d’ailleur, elle n’est pas la compagne des bergers, sa main s’appuie sur l’épaule d’un berger, tandis qu’il met la sienne sur la formule latine. Leurs gestes s’enchainent et leurs regards se répondent comme pour établir l’identité de la femme et de l’inscription . Elle représente la mort elle-même, l’irruption du surnaturel .

 

Vers une analyse Girardienne !

Dans la série des tableaux il y a un noyau invariant constitué par 2 bergers et la mort doublement représentée par un symbole intellectuel et un plus réaliste .

Dans son premier tableau Poussin a ajouté à gauche une jeune femme et en bas un vieillard faisant apparaître la différence des sexes et des générations.

Dans son 2e le genre humain est représenté par deux jeunes hommes, plus un 3e de la même génération . Ce 3e homme est un élément nouveau. Les différences, celles des sexes et des générations ont disparu, la tête de mort aussi.

Pour revenir au tableau du Guerchin il faudrait supprimer un berger et réintroduire un tête de mort, il faut donc imaginer que les bergers de gauche tuent celui de droite et lui coupe la tête.

Levi Strauss suggère que la femme incarnant la mort, vient de faire son entrée par la droite, inaperçue jusqu’à ce qu’elle se manifeste en posant la main sur l’épaule dans un geste à la fois de contrainte et d’apaisement , ce qui veut dire que la mort est venu pour emporter une nouvelle victime.

Dans le 1e tableau de Poussin on a la structure élémentaire de toute société : la femme, les jeunes hommes, le vieillard. Il y a une ligne qui passe des yeux des 3 jeunes gens au doigt de celui qui montre le texte, elle est perpendiculaire à une droite qui va de la tête de mort à l’œil du vieillard. Et si on prolonge cette dernière on arrive au cœur de la croix gravée sur la paroi derrière le sarcophage . on est là dans l’univers plaisant de l’Arcadie pastorale où la mort est toujours présente mais où les forces de la vie semblent l’emporter.

Dans le 2e tableau de Poussin nous faisons un grand pas vers l’Arcadie inquiétante de la mythologie grecque. Le tombeau est réduit à un bloc géométrique portant seulement le mystérieuse inscription et la tête de mort a disparu. Tout se passe donc comme si on assistait a la perte de la différence vers la crise sacrificielle. Les 3 personnages du tableau précédent incarnaient la société minimale au sens de Levi Strauss, ici les 3 personnages incarnent la société minimale au sens de Girard.

Dans le 2e tableau de Poussin le bâton du berger de droite lui passe au raz du cou, il détache la tête de son corps si bien qu’on peu séparer le tableau en 2 parties, dans la partie gauche on a 2 bergers et une tête dans la partie droite la déesse de la mort qui emporte sa victime. Le tableau du Guerchin est donc inclus dans la 2e version de Poussin.

Pour vérifier l’acte sacrificiel il faut aller voir dans le tableau du Guerlin « Apollon écorchant Marsyas » on y retrouve les mêmes bergers que dans son 1e tableau, mais là ils assistent a une scène de violence, juste à l’endroit de la tête de mort.

         le_Guerchin

       le_Guerchin_1 

   

Interprétation Christique :

La croix, qu’on devine a peine, mais élément important du 1e tableau de Poussin , victorieuse de la mort et déjà virtuellement présente . Elle représente l’ego = le Christ qui par sa mort guéri de la mort.

         poussin

D’autre part la dame de droite dans le deuxième tableau de Poussin,

       poussin_II

évoque la Sybille de la 4e Eglogue de Virgile, qui annonce la naissance d’un enfant venu d’une vierge :

Voici finir le temps marqué par la Sybille

Un âge tout nouveau un grand âge va naître

La Vierge nous revient, et les lois de Saturne,

Et le ciel nous envoie une race nouvelle,

Bénis, chaste, Lucine, un enfant près du maître

Qui dois l’âge de fer changer en âge d’or ;……

La terreur jamais plus n’accablera le monde

Vivant pareil aux Dieux, cet enfant les verra,…

Le bétail n’aura plus à craindre les lions

Le serpent périra ; les plantes vénéneuses

Périront ; et partout croîtront les aromates….

D’autre part la lettre sur laquelle le berger pointe le doigt, c’est la lettre « R » c’est-à-dire : Rédemption, Résurrection. Et la Sybille vient confirmer l’interprétation Chrétienne de la formule.

Le religieux chrétien s’articule avec le religieux païen.

Le berger de droite est celui qui accepte et occupe délibérément la place de la victime. A la fois victime émissaire du religieux païen et le Christ. Le même bâton qui lui coupe la tête, est aussi la croix chrétienne.

      

 

 

Posté par rabatjl à 17:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]